Arménien occidental et oriental – Esquisse historique. Évolution jusqu’à nos jours

Par MANTAKOUNI

L’arménien occidental

On peut considérer l’abbé Mekhitar de Sébaste (1676-1749) comme le premier de ceux qui ont écrit en arménien moderne occidental. Il est l’un des précurseurs qui ont compris que seule la synthèse des dialectes du groupe « GUE » employés en Arménie centrale et en Anatolie pouvait devenir une langue littéraire.

C’est en purifiant ces dialectes qu’il composa la première grammaire et l’enseigna à ses élèves. En fait, il s’agissait de remplacer le krapar ou langue classique, universellement reconnu comme langue littéraire, scientifique et administrative et qui avait perdu sa pureté et son originalité primitives, par une langue littéraire moderne dont l’avantage était d’être comprise par tous.

C’est au cours des XVIIIe et XIXe siècles que l’idiome vulgaire se répandit et se développa, surtout grâce aux périodiques dont le nombre allait croissant. Toutefois, cette langue n’était pas encore dotée de normes satisfaisantes. Après 1850, les publications en arménien moderne occidental, journaux et périodiques, augmentèrent en nombre et en qualité. Dès la première moitié du XIXe siècle, le fossé qui sépare la langue écrite de la langue parlée s’est considérablement élargi, parce que la langue littéraire se purifiait et se simplifiait de jour en jour. Les mots étrangers étaient éliminés, les tournures vulgaires tombaient en désuétude ; les déclinaisons et les conjugaisons étaient ramenée à un type unique ; les exceptions étaient supprimées. Enfin, les normes linguistiques étaient fixées. Constantinople devenait un foyer culturel de même que les couvents mekhitaristes de Venise et de Vienne qui, avec leur imprimerie et leur académie, ont largement contribué à la propagation de la nouvelle culture littéraire et scientifique arménienne. La littérature qui jusqu’à la première moitié du XIXe siècle était rédigée en classique et n’était accessible qu’à une minorité, est mise, grâce à la langue moderne, à la portée du grand public. Elle cesse ainsi d’être le monopole des ecclésiastiques ; les écrivains laïcs se multiplient, de même que les lecteurs grâce à l’accroissement du nombre des écoles primaires et secondaires. En Arménie centrale, Karin (Erzeroum), Kharbert, Van ou Aïntab en Cilicie sont dotées de lycées préparant les élèves au niveau de la propédeutique.

Dans le troisième quart du XIXe siècle, la langue évolue avec rapidité ; le P. Aïdinian des mekhitaristes (1825-1902) élabore sa Grammaire critique de la langue arménienne. G. Utudjian, publiciste et rédacteur du journal Massis joue également un rôle de premier plan. C’est en partie grâce à lui que l’arménien moderne devient une langue capable de rendre les idées et les choses de la pensée et de l’activité humaines.

Source : ARMENIA–CRDA – N°80 Janvier 1984