Par Père MURON
L’invention de l’alphabet arménien est intimement liée à la traduction de l’Ecriture sainte : la principale raison de la création des lettres arméniennes a été la volonté de posséder une Bible en langue arménienne. Le siècle durant lequel l’alphabet, la traduction de la Bible, des œuvres originales, la fondation de la littérature nationale virent le jour, correspond à la période et à l’orientation la plus importante de l’histoire arménienne.
Les circonstances dans lesquelles furent créés les caractères de l’écriture arménienne et la Bible traduite représentèrent une option si importante et si singulière par rapport à l’époque antérieure, qu’elles furent considérées par les générations qui suivirent comme un phénomène merveilleux et puissant, l’effet de la providence divine.
Les IVe et Ve siècles furent la période des passions les plus extrêmes et celles des conflits spirituels intérieurs. Autant l’Arménien initié de l’époque se trouvait dans une situation inextricable et tragique, autant la nation arménienne fut ballotée entre l’idée nationale et les formes prises par l’idéologie chrétienne. La tragédie de ce combat sans fin pour l’existence avait presque atteint son paroxysme. Les deux grandes puissances voisines, Rome et la Perse, qui depuis des siècles travaillaient à morceler la nation arménienne, étaient prêtes à lancer l’assaut final afin de l’éliminer définitivement.
Les responsables ecclésiastiques, sur lesquels reposaient le destin et l’avenir du peuple, avaient pris conscience de la nécessité de doter l’Arménien d’une réelle force spirituelle afin qu’il puisse s’opposer à la menace qui pesait sur son existence physique. Le risque était grand de voir la nation se fondre dans le creuset de ses puissants voisins. La création de cette force, œuvre incomparable, fut accomplie par les saints Sahak et Mesrop, qui firent de la culture l’arme de la nation et permirent aux générations suivantes de se préserver contre l’anéantissement et la destruction.
Source : ARMENIA–CRDA – N°80 Janvier 1984
