Armen Lubin, le passager clandestin de notre monde

Par Arpik MISSAKIAN

Armen Lubin, Chahan Chahnour. Deux écrivains totalement différents et pourtant un seul homme, un même homme, qui ne voulait surtout pas qu’on les confonde. Il n’y eut jamais d’osmose pour lui. S’il parlait volontiers de sa poésie française à ses amis arméniens, il n’aimait guère s’entretenir de son œuvre arménienne avec ses amis français. Henri Thomas, le fidèle, l’a bien compris, il l’exprime encore mieux : « … Le français lui permettait sans doute de se voir, lui-même et sa vie, avec une sorte de détachement ironique, comme invité à une fête toujours un peu insolite, passager clandestin de notre monde. De son œuvre en langue arménienne, qui est considérable (un roman : Retraite sans musique et de nombreuses nouvelles), il ne parlait pas volontiers. Je crois qu’elle était son lien avec ses compatriotes dispersés en tous pays, une affaire de famille, à laquelle il ne pensait pas que nous puissions réellement nous intéresser. Combien tragique cependant, et révélatrice des misères de notre temps. Mais justement : cet ailleurs-là était pour lui comme un secret, une sorte d’héritage inaliénable. »

Source : Ani – Cahiers Arméniens n°1 – 1er semestre 1986