Révisionnisme et complaisance: la dérive des Franco-Arméniens médiatisés

Par Alexandre KEBABDJIAN

L’injustice historique renvoie à une liste de faits historiques et juridiques qui ont marqué l’Arménie, ses frontières et sa population: les traités d’Alexandropol, de Lausanne et de Moscou, signés pendant et après le génocide des Arméniens, la non-condamnation des génocideurs Ittihadistes, leur libération par l’Angleterre en 1921, la non-réparation des familles arméniennes expropriées, spoliées et massacrées, la non-restitution des territoires historiques arméniens et peuplés d’Arméniens à l’Arménie réunifiée, la non-préservation du patrimoine culturel et civilisationnel arménien.

Ces méfaits historiques et juridiques se sont perpétués sous d’autres formes en France: l’absence de réparations financières aux français d’origine arménienne, l’exploitation financière du génocide des Arméniens par les entreprises françaises, la grande rareté de sujets arméniens ou pro-arméniens dans les médias, l’échec de la loi de pénalisation de la négation du génocide des Arméniens, le développement du panturquisme et du néo-ittihadisme dans les régions de France, l’organisation sur le sol français de meetings politiques fascisants avec des officiels turcs et de camps militaires de Loups gris, et la dissimulation et la falsification de l’histoire des Arméniens de France par le monde de la recherche et des sciences.

Pourquoi les Arméniens médiatisés de France, acteurs du communautarisme électoraliste, chercheurs, historiens et experts, n’ont-ils pas sérieusement cherché des solutions aux problèmes mentionnés précédemment? Parce qu’ils n’en avaient pas le pouvoir ni la volonté. En effet, une grande partie des méfaits historiques et juridiques en France, est causée par les Arméniens médiatisés de France et leurs mentors (État, CNRS, EHESS, médias, institutions de la mémoire, partis politiques français, etc).

Tout d’abord, les promesses communautaristes électoralistes des responsables franco-arméniens autoproclamés, sont le plus souvent amplifiées avant chaque échéance électorale française, et en règle générale, jamais tenues. Ces individus, organisations et partis politiques exploitent dans ce cas précis le trauma collectif arménien, pour obtenir des dividences politiques pour eux et leurs alliés; ils s’en prennent à l’intégrité psychique des descendants des victimes, en toute connaissance de cause… Une base associative vassalisée à l’ambition personnelle des Arméniens médiatisés, base associative essentiellement constituée des groupements de la faction des renonciateurs de la diaspora arménienne (UGAB; le Parti Dachnak, ses filiales et ses faux-nez pseudo-journalistiques), leur a servi de terrain de légitimation.

En outre, leur assoupissement collectif et volontaire a permis au révisionnisme transdisciplinaire (recherche historique, enseignement, mémoire) de tisser une toile par le biais du CNRS, de l’EHESS et des réseaux de la mémoire en France, entre autres, pour falsifier l’histoire des Arméniens par les amalgames, les dissimulations, les escamotages, permettant au négationnisme rampant de dénigrer les descendants des rescapés du génocide arménien.

Il y a eu également, depuis des décennies, une grande dissimulation du fascisme franco-turc par les autorités françaises, les médias, les intellectuels, scientifiques et universitaires, et les Arméniens médiatisés de France, et cela, au mépris des droits et de la dignité des citoyens français d’origine arménienne, descendants de réfugiés arméniens.

D’énormes trous de vers sont apparus dans ce décor factice du communautarisme électoraliste et de la pseudo-objectivité scientifique et historique; les Arméniens médiatisés, une fois leur poste d’élu, de chercheur ou de journaliste obtenu pour eux ou leurs proches, n’avaient plus qu’à court-circuiter la cause arménienne, la falsifier, la saboter en l’envoyant droit dans le mur. Cela ne les empêchait pas de saisir au vol, de temps en temps, une récompense, comme la récente dissolution des Loups gris (mouvement fondé en 1968 en Turquie, et très présent en France et dans toute l’Europe) sous la présidence Macron, dissolution qui n’est survenue – bien tardivement – que parce que la Turquie était en guerre ouverte contre la France et ses représentants politiques…

Si au contraire les actions des Arméniens médiatisés de France avaient permis de trouver des solutions à tous ces problèmes: obtenir des réparations financières pour les franco-arméniens, pénaliser la négation du génocide, faire cesser toute dissimulation du génocide en France, interdire définitivement la totalité du mouvement ultra-nationaliste turc, panturquiste et néo-ittihadiste sur le sol français, nous aurions alors pu faire un tout autre constat.

Malheureusement, ces Arméniens médiatisés de France, historiens et experts révisionnistes ou dissimulateurs, responsables auto-proclamés, par leurs abandons et leurs renonciations, par leurs manoeuvres et leurs revirements permanents, ont participé à une jonction sordide entre leur groupe, la France jacobine traditionnellement turcophile, l’État d’Israël (qui vend des armes à la Turquie et à l’Azerbaïdjan, nie le génocide, notamment par l’intermédiaire d’organisations comme l’Anti-Defamation League), la Turquie néo-ittihadiste et l’Azerbaïdjan.

Dans une défaite calculée, pas à pas, par leurs mécènes et mentors, les Arméniens médiatisés de France ont établi des liens sémantiques honteux avec la Turquie, les alliés d’Ankara et les réseaux turcophiles et azérophiles de la recherche, du commerce, de la finance et des médias.

Qui parmi eux a sérieusement abordé le sort réservé aux Arméniens de Cilicie, ou l’exploitation financière par la Turquie et bien d’autres pays, du génocide de 1,5 million d’Arméniens, ou les ventes d’armes et de technologies aux dictateurs d’Ankara et Bakou, qui se poursuivent, malgré les dommages que ces armes causent à l’Arménie, à l’Artsakh (Karabakh) et à leurs populations civiles?

La carrière universitaire, académique ou politique de ces Arméniens médiatisés, a été mise en balance avec les droits et la dignité des descendants des survivants du génocide. Le procès de cette manipulation à grande échelle doit être instruit et éclater au grand jour.